L’aventure Datadock ou l’ultime voyage de John McClane

 Le 18 octobre 2017 |  3 Comentaires

Vous connaissez John McClane, le héros de la saga « Die Hard ». Le policier, figure de l’anti-héros (mais quand même héroïque) à l’américaine, s’est sorti d’un « Piège de cristal », avait « 58 minutes pour vivre » et a survécu, a même passé « Une journée en enfer ». Pourtant, on pense lui avoir trouvé un adversaire de taille. Le scénario est prêt, posté ce matin aux pontes de la 20th Century FOX. Dans ce prochain (et sans doute dernier) opus de la saga, notre héros se verra offrir une fin digne de lui, dans le sang et les larmes. Oui, en 2018, John McClane sera face au DATADOCK.

Un peu de contexte

Datadock, c’est une grosse base de données regroupant tous les organismes de formation qui répondent aux critères de qualité fixés par le décret du 30 juin 2015. Pour être référencé, il fallait donc remplir et apporter des éléments de preuve pour 21 indicateurs fixés par les OPCA et OPACIF. Si vous êtes un organisme de formation et que vous n’êtes pas référencé sur Datadock, vous ne pourrez pas être financé par un OPCA.

Bonne nouvelle pour Sydo : après 7 mois d’aller-retour abscons, nous sommes officiellement référençables, et nous devons bien avouer que cela fait plaisir. Mais à chaque nouvel indicateur, à chaque preuve à apporter ou à chaque descriptif à renseigner, je me notais un nouvel élément AAAAAAAAH !* dans le coin de la tête.

AAAAAAAAH !#1 – Parfois, la taille ça compte

Nous sommes un petit organisme de formation : la formation n’est pas notre activité principale, nous n’organisons qu’environ 2.000 heures de formation par an pour un total de 300 stagiaires. Ce sont des formations d’une journée, non certifiantes. Nous n’avons pas de locaux dédiés à la formation. Nous sommes 2 formateurs, en charge de la création, de l’animation et de l’optimisation de nos formations. Nous n’avons donc pas besoin de fiches process de 12 pages pour expliquer à 25 personnes la marche à suivre en cas d’appréciation négative d’un stagiaire suite à une formation. Nous n’avons pas non plus besoin de préciser des mesures disciplinaires ou de sanction dans notre règlement intérieur, vu que nous ne sommes jamais amenés à sanctionner qui que ce soit. Et enfin, nous n’avons pas besoin de procédure d’admission vu que nos formations sont ouvertes à tous.

Je comprends tout à fait la volonté d’apporter un cadre qualité à la formation et de vérifier le sérieux des organismes de formation. Je peux également comprendre la volonté d’uniformiser tous les aspects administratifs de la formation. Par contre je ne comprends pas cette idée de demander la même chose aux mastodontes de la formation et aux petits OF.

AAAAAAAAH !#2 – Du jargon, du jargon, et encore un peu de jargon

Le jargon, on n’aime pas ça (on a même écrit un livre sur le jargon en formation, c’est pour dire…). Et là, il n’y avait que ça ; du discours administratif. On n’était pas encore tout à fait au niveau du « milieu aquatique profond standardisé » de l’éducation nationale, mais on en est pas si loin non plus.

 AAAAAAAAH !#3 – L’évaluation et le suivi des formations

Certains critères concernent l’évaluation de la formation : il faut montrer que la formation est évaluée. Comment ? Avec des questionnaires bien sûr ! Nous proposons notamment des formations techniques : créer une vidéo, un Prezi, un schéma, etc. Comment sait-on que les stagiaires ont acquis la méthodologie qu’on voulait leur transmettre ? Eh bien à la fin de la journée, chaque apprenant repart avec sa vidéo ou son Prezi, qu’il a conçu lui-même sur le sujet de son choix. Après la formation, les stagiaires reviennent souvent vers nous pour nous montrer leurs nouvelles productions et avec des questions supplémentaires. On leur répond, on commente leurs supports et on leur donne des astuces pour les optimiser. Mais ça, malheureusement, ce n’est pas une preuve suffisante. Il faut des questionnaires.

AAAAAAAAH !#4 – La formation des formateurs

D’autres critères de référencement concernent la formation des formateurs : il faut prouver que les formateurs ont bien les compétences et connaissances nécessaires pour former et qu’ils se « maintiennent à niveau ».  Preuves attendues : factures d’autres OF, attestation de formation, etc.

Beaucoup de nos formations servent à transmettre des méthodes qu’on a créées (pour réaliser des vidéos pédagogiques par exemple). Personne ne maîtrise mieux que nous cette méthode, puisque c’est la nôtre. Comment prouver alors à Datadock qu’on est bien « à niveau » ? Et plus largement, comment prouver toute une formation informelle, basée sur la veille, la recherche, les échanges avec des professionnels de la pédagogie ou des chercheurs en neurosciences ?

La formation informelle n’est pas prouvable, donc pas référençable.

AAAAAAAAH !#5 – La plateforme en elle-même

Bon ok, ce point-là il est peut-être un peu mesquin. Mais demander des catalogues de formation complets et limiter la taille des preuves à quelques Mo ou ne pas accepter les ¾ des URL qu’on propose, c’est vraiment bien AAAAAAAAH !.

Finalement, de la démotivation

Finalement, ce que je ressens le plus après l’aventure Datadock, c’est de la démotivation. Déjà parce que les indicateurs demandés enferment les OF et nuisent à leur créativité : il faut faire des quiz, il faut faire signer 12 feuilles d’émargement par jour, etc. Ensuite, et comme je l’ai déjà dit, la formation est une toute petite part de l’activité de SYDO qu’on fait plus par passion qu’autre chose : on aime échanger avec les gens, être confrontés à leurs problématiques et pouvoir leur offrir des solutions pratiques qu’ils pourront eux-mêmes mettre en œuvre. Mais là, quand on voit tout ce qu’il faut faire avant et après une formation, je me demande si le jeu en vaut encore la chandelle. Que la formation prenne du temps et ne se limite pas aux 8h passées dans une salle avec 8 formés est tout à fait normal, mais tout le temps et l’énergie mis en plus dans la formation devrait être au service des apprenants, pas perdus dans un bourbier administratif.

 

*Un élément AAAAAAAAH ! est un élément qui grosso modo te met dans cet état :

AAAAAAAAH!

3 commentaires


  • Caroline GAUDRY

    Comme vous je suis en train d’essayer de me référencer à Data Dock, comme vous je suis une petite structure de formation en patine sur bois et abat-jour. Je n’en peux plus de se harcèlement qui n’en finit plus. Et toujours de nouvelles demandes et bien-sûr personne qui ne prend rien en compte.
    Si cette fois ci ils me refusent encore un ou plusieurs critères je craque ! !! Quelle honte et il parrait qu’en France on facilite la gestion des entreprises ! Ouai ben va falloir qu’on explique. Si quelqu’un a réussit à se faire référencer dans un métier artisanal je veux bien qu’il me tuyaute car c’est la galère. Caroline de deco2filles.fr

    • GUIMARD

      J’ai accompagné plus de 20 organismes de formation sur Datadock. Il m’est arrivé de n’avoir que 3 indicateurs refusés à la première demande et une fois j’ai eu 17 indicateurs refusés…C’est une nébuleuse. Mais soyez courageux, cela finira par reussir..

  • DELCROIX NAULAIS

    Merci pour votre article

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